Intériorisation du stigmate
L’étiquetage d’une personne non-blanche et les préjugés à l’égard de cette dernière se traduisent par de nombreux faits et gestes quotidiens, reproduits de manière souvent inconsciente et généralement invisible par les personnes d’autres groupes raciaux. A force de voir leurs comportements « expliqués » du fait de l’appartenance à certains groupes raciaux (« tu es en retard, tu es bon en sport, tu ne t’énerves jamais,... car tu es Afro-descendant.e »), à force de voir une société racialement hiérarchisée dans de nombreux secteurs (média, enseignement, soins de santé, justice, emploi, ...), à force d’être confronté.e à des obstacles plus hauts que ses camarades non-racisé.e.s, une personne non-blanche pourra, au fil du temps, intérioriser l’image que la société lui renvoie d’elle-même, rendre cette image réelle. En d’autres mots, une personne pourra adopter des comportements fidèles aux stéréotypes qui lui sont accolés.
Illustrations
Jacinthe Mazzocchetti montre à quel point le placement en IPPJ de jeunes aux parcours difficiles poussent ces derniers et dernières à se dévaloriser et à se comporter, même des années après leur séjour en IPPJ, comme l’image qu’on leur a toujours renvoyée : des personnes « qui n’en valent pas la peine ». Cette image dévalorisante d’eux et d’elles-mêmes, ce stigmate social, se reflètent dans ces institutions par le personnel et en dehors de l’institution, dans les discours publics ou l’entourage. dossier
Une expérience psychologique menée par Kenneth et Clark fin des années 1940 aux Etats-Unis montre l’intériorisation du stigmate et la dévalorisation de soi par les enfants Afro-descendants grâce à un dispositif de poupées noires et de poupées blanches. A l’inverse, cette expérience montre la valorisation de soi des enfants blancs dès le plus jeune âge.
Plus récemment, l’expérience de Mirelle-Tsheusi Robert actualise cette expérience dans le cas belge pour questionner la figure du Père Fouettard.